La spiritualité a son tissu biologique, une partie du cerveau, d'où la nouvelle science de 1998 la neurothéologie



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Neurothéologie :

Associé depuis 1993 à Eugene D'Aquili, professeur de psychiatrie et anthropologue des religions, Andrew Newberg, un neurophysiologiste de trente-trois ans spécialisé dans l'imagerie scanner, sonde les neurones de patients en extase pour y découvrir l'origine de leurs sensations.

Pourquoi bon nombre d'êtres humains continuent-ils à croire en Dieu? Bien avant Nietzsche, dès la fin du dix-huitième siècle, certains prétendaient, au nom de la science, que la religion était condamnée. Deux siècles plus tard, ni la foi ni les pratiques religieuses n'ont disparu.Ce constat, d'autant plus troublant aux Etats-Unis ou les sectes de tout poil prolifèrent, a poussé deux chercheurs de l'université de Pennsylvanie, Eugène D'Aquili et Andrew Newberg, a créer une nouvelle discipline, la neurothéologie.

Ils révèlent les résultats de leurs travaux dans un livre au titre évocateur: Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas. L'ouvrage contient une réponse claire : " Parce que le cerveau humain a été génétiquement conçu pour encourager les croyances religieuses. " Notre cerveau est biologiquement programmé pour expérimenter des états de transcendance.

Pendant deux ans, de 1996 a 1998, il ont étudié les fonctions cérébrales et les flux sanguins du cerveau de huit bouddhistes tibétains pendant leur méditation. Des nombreux Franciscains en prière ont subi les mêmes tests. Andrew Newberg utilise des marqueurs pour distinguer les parties du cerveau qui sont activées par les processus mentaux ou les actions physiques.
Les chercheurs ont étudié les cerveaux plongés dans ces états mystiques à I'aide des images fournies par un tomographe à émission de photons. Sur les clichés de coupes horizontales, les lobes pariétaux postérieurs supérieurs gauche et droit affichent des luminosités très nettement inférieures à la normale. La méditation mettrait ainsi en veilleuse certaines fonctions cérébrales.
Or les zones affectées correspondent, selon les scientifiques, au sens de la dichotomie de la personnalité, c'est-à-dire à l'aptitude à se distinguer des autres et de I'environnement. La mise hors service de cette fonction expliquerait les sensations de plénitude absolue, de communion transcendantale avec l'humanité et l'univers généralement associées à une manifestation divine. Un processus semblable expliquerait les transes engendrées par certaines danses endiablées.
L'action sur d'autres zones cérébrales produirait le sentiment de canaliser toute l'énergie cosmique...

Le neurobiologiste Michael Persinger a été le premier à donner une explication scientifique à ces phénomène mystiques. Il a en particulier étudié le cas de personnes qui disaient avoir eu une expérience de communication avec dieu dans des situations proches de la mort, beaucoup de ces personnes avaient été réanimées après avoir été déclarées en situation de mort clinique.

Des milliers de personnes qui se sont trouvées dans une telle situation peuvent témoigner de ce genre d’expérience, elles constituent donc un champ d’observation bien réel pour les neurobiologistes. Beaucoup d’informations ont pu être recueillies par les services spécialisés hospitaliers ou elles étaient suivies pendant leur coma. Il est apparu une particularité importante dans le tracé de leur electro-encéphalo-gramme (EEG) : Il y a dans cette période une analogie entre l’activité du cerveau d’une personne en état proche de la mort et celle en situation de crise d’épilepsie.
Dans ce moment de grande confusion intellectuelle l’influx nerveux ne parcourt plus ses routes habituelles. Il met en relation des zones habituellement indépendantes entre elles en particulier les lobes temporaux et deux structures profondes que sont l’amygdale et l’hippocampe.
Ces désordres sont mis en évidence par l’analyse de l’EEG qui présente des anomalies dans la gamme des fréquences proches de 40 hertz.
Le sujet a l’impression de perdre sa solitude et d’être en relation avec un visiteur intérieur…
L’expérience de dieu paraît être un exemple extrême de la rencontre avec ce visiteur.

Les personnes qui méditent régulièrement, ou qui sont en situation d’extase mystique présentent elles aussi le même profil particulier d’EEG.
Les états de contemplation spirituelle provoquent un changement de l’activité du cerveau et cette situation paradoxale se manifeste de manière naturelle plus ou moins forte chez chacun d’entre nous. La prière et/ou la méditation peuvent être un moyen pour faire s’exprimer ce moi silencieux…
Les expériences mystiques ne seraient ainsi qu'une production du cerveau stimulé par les rites religieux.

Beaucoup de chercheurs américains estiment que le cerveau est programmé pour aider I'humanité à survivre dans un monde cruel en donnant un sens à son existence.
Ce pont entre le raisonnement scientifique et la perception mystique apporte un éclairage sur la nature de la conscience et sur le fondement du phénomène religieux.
Reste à identifier le programmeur…

 

 

Ces découvertes scientifiques des neurones dédiés à la spiritualité soulèvent des questions embarassantes ; : les athées, et les autres, comme les bouddhistes, qui s'y retrouvent très bien.

PREMIERE SOURCE WEB : http://atheisme.free.fr/Revue_presse/Science-monde-religions-06.htm

 

Le Monde des Religions   -   n°6   -   Juillet Août 2004 - Page 2/3

Revue de presse


En quelques lignes, l'essentiel d'une sélection* d'articles de la presse écrite
(*) L'exhaustivité n'est pas recherchée.
Si un article qui vous paraît important a été omis, signalez-le



Codes couleur :
En noir : synthèse la plus objective possible des articles ou des points paraissant importants.
En rouge foncé : citation ou extrait de l'article. Titre en gras.
En mauve : commentaire ou appréciation particulière de "atheisme.free.fr"


Sommes-nous programmés pour croire ?

Le Monde des Religions - Juillet-Août 2004 (80 pages)

Sous titre : La neurothéologie en débat

Dossier : Sommes-nous programmés pour croire ?
  • Programmés pour croire ? les expériences américaines (Jocelyn Morisson)
    L'imagerie cérébrale a permis des progrès très importants dans les neurosciences. Des chercheurs ont ainsi pu mettre en évidence, sur des bouddhistes en méditation, des zones du cerveau plus actives (celles qui traitent des émotions) tandis que d'autres (celles du soi et non-soi) semblent entrer en sommeil. Des travaux ont permis de montrer que "le vécu psychologique de l'expérience religieuse correspond à une activité du cerveau cohérente avec ce vécu".
    Les interprétations sont contrastées, certains chercheurs y voient la preuve de l'existence de Dieu, tandis que d'autres y voient la preuve inverse : c'est le cerveau qui crée l'expérience religieuse.

    C'est aux Etats-Unis que le débat est le plus médiatisé, depuis que deux chercheurs, Andrew Newberg et Eugène Aquili, ont publié leurs résultats en 2001 sous la forme d'un livre au titre accrocheur "Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas. Quand la science explique la religion", qui a eu beaucoup de succès. Ils n'affirment pas que Dieu est localisé dans le cerveau, mais d'autres chercheurs, financés par des fondations "d'inspiration religieuse" s'en servent pour étayer leurs propres thèses.

    Un canadien, Michaël Persinger, a montré que les crises d'épilepsie pouvaient déclancher "des visions et des sentiments mystiques, des sensations de sortie du corps, etc.".

    Pour Pascal Boyer, anthropologue, les idées religieuses, "sous-produits" des processus cognitifs fondamentaux", doivent être "comprises comme "épidémies mentales"" qui prolifèrent selon le contexte culturel dans lequel elles apparaissent.

    Etienne Koechlin, chercheur à l'université de Paris VI estime que les travaux réalisés aux Etats-Unis sont intéressants "parce qu'on regarde ce qui se passe dans le cerveau, mais qu'il n'y a pas de conclusion fondamentale à en tirer à l'heure actuelle" et que "quels que soient les processus en jeux dans ce que ce méditant interprète comme une transcendance, cela ne dit rien quant à la réalité de cette transcendance".

    Pour le professeur de théologie, Jean-Michel Maldamé, ces "observations ne disent rien de la transcendance elle-même. On ne peut juger de la valeur de l'expérience spirituelle que dans une autre instance"

    En fin de compte, rien de bien nouveau sur ce sujet depuis deux ans.
  • L'esprit en Eveil. Le Dalaï-Lama et les scientifiques (Serge Lafitte)
    Depuis une vingtaine d'années, le Dalaï-Lama dialogue avec les scientifiques. Les onzièmes rencontres ont eu lieu en septembre 2003 à Boston et ont eu un énorme succès. Le thème général était "Explorer l'esprit" autour de trois sujets : l'attention, les émotions et l'imagerie mentale.

    Les organisateurs souhaitaient faire connaître à la communauté scientifique "les connaissances théoriques et pratiques du bouddhisme dans le domaine de la maîtrise et de la gestion de l'activité mentale". La véritable méditation bouddhiste est bien plus que l'exercice de relaxation, comme on le conçoit souvent en Occident. D'ailleurs, "les tests effectués ont montré la capacité très supérieure à la moyenne, des méditants confirmés à réguler leur activité mentale".

    Le Dalaï-Lama, qui juge cette collaboration avec les scientifiques très utile pour la société, affirme que le bouddhisme est prêt à évoluer si la science contredit certaines de ses conceptions.
  • Science et foi, une difficile cohabitation (Serge Lafitte)
    L’article présente quelques exemples des rapports existant entre les religions et la science.

    • La science créationniste qui développe "des programmes des programmes de recherche et une argumentation de type scientifique contestant les méthodes de datation pour établir la réalité du déluge et ramener l’âge de la Terre aux six mille ans requis pour la lecture littérale de la Bible. Un objectif peu crédible, hormis pour les convaincus…" Bien que cette position soit condamnée par les principales Eglises des USA, les partisans du créationnisme revendiquent une égalité de traitement de l’enseignement de leur théorie par rapport à celui de l’évolutionnisme.
    • Les miracles scientifiques du Coran ou comment le concordisme permet de réinterpréter la science pour renforcer les révélations faites par Dieu. C’est ce que tente de faire Maurice Bucaille dans son ouvrage qui affirme que les "connaissances scientifiques les plus modernes sont déjà contenues dans le livre sacré de l’islam…".
      Voir la page consacrée à cette théorie : Le Coran et la science.
    • Dialogue sur une ligne de crête
      Tandis que des rabbins tentent de montrer que l’univers a bien 15 milliards d’années en convertissant des années divines en années humaines, "certains bouddhistes occidentaux ont également beaucoup sollicité la physique quantique pour renforcer les concepts d’interdépendance et d’impermanence chers à Bouddha.".
  • Plaidoyer pour une nouvelle sagesse, une interview de Georges Charpak et Roland Omnès (Henri Tincq)
    Georges Charpak, prix Nobel de physique, et Roland Omnès, ancien professeur à la faculté des sciences de Paris XI Orsay, ont publié "Soyez savants, devenez prophètes" chez Odile Jacob. Pour eux la sagesse doit être trouvée à la fois loin des fondamentalismes qui font reculer le monde et des "gourous de la science" qui croient en connaître toutes les lois.

    "Placez un homme quelque part sur une île et au bout d’un certain temps, il créera sa propre religion. Elle est la réaction de l’homme face à l’inconnu. Le scientifique, celui qui expérimente, peut s’extasier à l’infini, comme nous le faisons devant les lois de la nature. L’homme, sur son île s’extasiera devant la répétition des phénomènes comme le coucher ou le lever du soleil. Il comprendra qu’il est gouverné par des puissances qui ne sont pas à l’échelle humaine."
    (Georges Charpak)

    "Dès le début de notre livre, nous soulignons les risques associés à tout progrès scientifique... Pas un seul instant nous ne disons que les hommes qui font de la science ont raison sur tout, qu’ils sont des "gourous", dont il suffit d’appliquer les préceptes."
    (Roland Omnès)
  • Dieu n'est pas dans le gène, une interview de Jean-Claude Ameisen (Cendrine Barruyer)
    Pour ce chercheur sur les mécanismes de la mort cellulaire, "la biologie n’a plus besoin aujourd’hui, pour comprendre le vivant, d’imaginer qu’il y ait un Grand Architecte qui ait voulu et décidé ce monde tel qu’il est". La vie n’est pas née d’une nécessité, mais d’un "mélange de hasard et de contraintes - les "lois" de la nature" c’est-à-dire une succession d’événements imprévisibles.

    L’étude sur les embryons humains montre que les organes naissent pleins, et que la mort cellulaire permet de les creuser (tube digestif, cœur). C’est la bibliothèque de nos gènes qui contient le programme de développement de nos organes, même les plus complexes comme le cerveau ou le système immunitaire.
    "La vision aigue de la splendeur, de la singularité, de l’interdépendance et de la vulnérabilité de la vie est un chemin vers l’homme. Peut-être pas vers Dieu, mais vers l’humanité assurément."
  • Nécessaire dialogue, une interview de François Euvé (Jean-Paul Guetny)
    Jésuite et agrégé de physique, François Euvé, par sa double formation théologique et scientifique, a réfléchi aux relations entre science et religion et vient de publier "Science, Foi, Sagesse" (L’atelier). Pour lui, il convient de bien faire la distinction entre le mouvement fondamentaliste que représentent les défenseurs du créationnisme et l’Eglise catholique, qui adopte une attitude de prudence pour protéger le chrétien de base, sans avoir de "contre théorie" à lui opposer.

    "Je pense pour ma part que la religion s’intéresse à l’expérience commune, mais qu’elle y cherche ce qui conduit vers "autre chose", un salut. Cette "autre chose" à laquelle aspire l’homme peut-elle être décrite dans les catégories de la science ? Je suis dubitatif sur ce point. Là où la science peut apporter une certaine aide, c’est en tant qu’aventure humaine."
    Quant au bouddhisme qui a meilleure presse auprès des scientifiques que les monothéismes, pour François Euvé, il répond à "un certain souci d’harmonie universelle".

 

 

DEUXIEME SOURCE WEB : http://www.lemondedesreligions.fr/archives/2004/07/01/sommes-nous-programmes-pour-croire,5137003.php

Le Monde des religions


Sommes-nous programmés pour croire?
Tient-on une " preuve " de l'existence de Dieu ? Ou bien la méditation, la prière ne sont-elles qu'un sous-produit de l'activité du cerveau ? Le débat fait rage aux Etats-Unis, où des scientifiques ont montré que l'expérience religieuse possède une base neurologique. Ces nouvelles recherches sont une occasion d'évoquer en compagnie de Matthieu Ricard le dialogue mené par le Dalaï-Lama avec des spécialistes des sciences cognitives ; d'évoquer les rapports, souvent houleux, parfois vampiriques qu'entretiennent sciences et religions. Pour illustrer la variété des points de vue, nous donnons la parole aux physiciens Georges Charpak, Prix Nobel, et Roland Omnès ; au biologiste Jean-Claude Ameisen et à François Euvé qui, pour être agrégé de physique, n'en est pas moins jésuite et théologien.

Programmés pour croire ?
Les progrès spectaculaires des neurosciences, en particulier des techniques d'imagerie cérébrale, ont permis de passer " l'extase au scanner ". Les images du cerveau de bouddhistes en méditation ou de moniales franciscaines en prière ont montré un état neurologique particulier, qui ouvre la voie aux spéculations : le cerveau est-il programmé pour croire, ou bien les religions sont-elles les " produits dérivés " des processus cognitifs ?
A l'instant où il atteint l'apogée de sa méditation, Robert, un jeune bouddhiste américain, tire légèrement sur une ficelle reliée au doigt du chercheur qui se trouve derrière la porte fermée du laboratoire. Ce dernier sait alors qu'il peut injecter le traceur dans la circulation sanguine du méditant. Le produit radioactif va montrer une diminution de l'activité du cerveau dans des zones qui traitent la relation à l'espace et au temps. De même, la région impliquée dans la distinction entre les notions de soi et non-soi semble se mettre en sommeil, alors que celle qui traite les émotions est active... Le méditant, de son côté, décrira ensuite qu'à cet instant son " moi profond " lui semble inextricablement lié à toute la création ; il fait " un " avec l'univers et éprouve une sensation d'éternité et d'infini. Un bien-être intense qu'il est très difficile de décrire avec des mots.
Neuro-apôtres et neuro-athées
Grâce aux méditants bouddhistes expérimentés et aux moniales franciscaines qui se sont prêtés de cette façon à l'investigation scientifique, certains travaux ont permis de montrer que le vécu psychologique de l'expérience religieuse correspond à une activité du cerveau cohérente avec ce vécu (voir encadré le Cerveau spirituel). Mais, sur le terrain interprétatif et spéculatif, le débat fait rage depuis la médiatisation de telles recherches aux Etats-Unis. Les positions les plus radicales étant les plus voyantes, les uns ont immédiatement crié à " la preuve scientifique de l'existence de Dieu ", alors que les autres y ont vu précisément l'inverse, c'est-à-dire " la preuve que le cerveau crée l'expérience "...
Vus d'Europe continentale ces travaux semblent anecdotiques, peut-être parce qu'on y est moins taraudé par les questions religieuses. Pourtant la technologie mise en œuvre à l'université de Pennsylvanie par les chercheurs Andrew Newberg et Eugene d'Aquili est l'une des plus sophistiquée en matière d'imagerie cérébrale. Ils ont en effet utilisé une caméra TEMP (1) qui permet de visualiser précisément l'activité du cerveau en réalisant des " photographies " des flux sanguins, révélateurs de cette activité. Enthousiasmés par leurs observations, et en dépit du caractère incomplet de leur théorie, les deux chercheurs ont publié un livre à succès en 2001 (2). La " neurothéologie " était née, malgré les raccourcis que cette formule implique et les malentendus qu'elle entraîne. Newberg et ses collaborateurs n'affirmaient pas que Dieu se trouve dans le cerveau, ni que la neurobiologie explique la foi, mais d'autres se sont chargés d'extrapoler leurs résultats pour accréditer leurs propres thèses. Car ces recherches s'inscrivaient dans une lignée de recherches qui visent, pour le compte des grandes fondations d'inspiration religieuse qui les financent, à démontrer le bien-fondé scientifique de certaines lectures de la Bible. Aussi, les spécialistes du cerveau qui s'intéressent à ces questions sont-ils tenus de se répartir entre " neuro-apôtres " et " neuro-athées ".
Dès 1997, un chercheur de l'université de San Diego, en Californie, Vilayanur Ramachandran, affirmait que l'expérience religieuse avait une base neurologique. Ses travaux portaient sur des patients souffrant d'épilepsie du lobe temporal, dont nombre d'entre eux vivaient des expériences spirituelles intenses pendant leurs crises. Cette corrélation entre une forme d'épilepsie et l'expérience religieuse n'est pas nouvelle : Dostoïevski et Proust sont notamment supposés avoir souffert d'une telle affection, les conduisant à de profonds sentiments mystiques. Sur cette base, Ramachandran a proposé de baptiser " module de Dieu " la région du cerveau mise en jeu.
Michaël Persinger, chercheur à l'université Laurentienne du Canada (Ontario), a confirmé que les attaques du lobe temporal au cours de crises d'épilepsie déclenchaient des visions et des sentiments mystiques, des sensations de sortie du corps, etc. Il a ensuite mis au point un système de stimulation de cette zone par un champ magnétique afin d'induire de telles expériences chez des sujets volontaires. A partir des mêmes prémisses, Persinger soutient cependant une thèse radicalement opposée à celle de Ramachandran. Selon lui, en effet, tout se passe dans le cerveau, et ces expériences psychologiques sont réductibles à l'activité spécifique de la région concernée. Autrement dit, il s'agit d'hallucinations pures et simples.
Nature ou culture ?
Les mêmes observations conduisent ainsi à des conclusions radicalement opposées, preuve qu'aucune de ces positions n'est suffisamment étayée et que l'interprétation trouve sa limite. La presse française a relayé cette controverse en particulier dans les revues de vulgarisation scientifique, et pourtant de telles recherches sont inexistantes en France. Le concept de neurothéologie n'y a pas d'équivalent, et pour cause, puisque ni les neuroscientifiques ni les théologiens n'y trouvent leur compte. " La recherche française reste très cartésienne, explique Etienne Koechlin, chercheur en neurosciences cognitives à l'université Paris VI. Nous faisons des travaux qui entrent dans des cadres théoriques bien définis. La démarche est peut-être moins exploratoire, mais elle est appréciée pour cette rigueur. Les travaux américains portant sur l'expérience spirituelle sont très empiriques ; on ne cherche pas à tester une théorie sur le fait religieux, la méditation ou la prière proprement dite. C'est intéressant parce qu'on regarde ce qui se passe dans le cerveau, mais il n'y a pas de conclusion fondamentale à en tirer à l'heure actuelle. "
Pour sa part, Jean-Michel Maldamé (voir ci-contre) estime que se prononcer en termes scientifiques sur l'existence de Dieu ou la transcendance relève d'une confusion des instances du discours et des ordres du savoir. Mais alors que penser de ces observations ? Peut-on suivre Newberg et d'Aquili quand ils concluent que le cerveau semble naturellement " câblé " pour vivre l'expérience spirituelle, même s'ils s'interdisent de se prononcer sur une réalité ou une volonté transcendante qui en serait à l'origine ? " Il s'agit tout de même d'une interprétation, d'un point de vue, estime Etienne Koechlin. Le cerveau est câblé d'une certaine façon, qui fait que ce type d'expériences apparaît comme une conséquence possible de son fonctionnement normal. Les neurosciences s'intéressent aux processus cognitifs plus fondamentaux et les expériences de cette nature sont davantage considérées comme un " sous-produit " de ces processus. "
Certains affirment pourtant que si cette " fonction spirituelle " a émergé au cours de l'évolution, c'est bien qu'il existe un " agent " dont il faut faire l'expérience, tout comme la vision a émergé parce qu'il y a quelque chose à voir. Cet argument finaliste ne convainc pas non plus le neuroscientifique, selon qui " l'expérience mystique ne permet pas d'acquérir des informations vitales sur l'environnement, comme c'est le cas des fonctions sensorielles. En ce sens, on ne peut parler de " fonction " spirituelle ".
Si Etienne Koechlin utilise la formule, un peu dépréciative, confesse-t-il, de " sous-produit " pour qualifier l'expérience spirituelle, c'est qu'il souscrit aux thèses de l'anthropologue Pascal Boyer (3), directeur de recherche au CNRS et chercheur à l'université Washington de Saint-Louis (Missouri). En anglo-américain, le terme by-product désigne une chose dérivée d'une autre, le caractère péjoratif est donc moins marqué que dans sa traduction par " sous-produit ". Il n'en reste pas moins que Pascal Boyer range sous cette appellation toute forme d'expression religieuse. Des notions de croyance, foi, sacré, rituel, etc., jusqu'aux expériences mystiques profondes, ces " états modifiés de conscience " au cours desquels les frontières du " soi " se dissolvent pour laisser l'esprit se fondre dans l'unité du cosmos, et - selon que ce " concept " ait ou non un sens pour le pratiquant -, y reconnaître la présence de Dieu.
Pascal Boyer se défend lui aussi de confondre le discours sur la religion et ses manifestations avec le discours sur l'existence de Dieu. A l'instar du marquis de Laplace, il " n'a pas eu besoin de cette hypothèse " dans ses recherches : " L'étude du cerveau nous permet de comprendre les aspects les plus généraux de la religion. Elle nous explique comment ces concepts sont acquis et transmis d'une personne à l'autre : cette explication, en elle-même, ne requiert nullement que les concepts en question aient un " fondement objectif ". Autrement dit, l'hypothèse d'un fondement objectif n'est pas nécessaire pour rendre compte scientifiquement de l'existence et de la persistance de la religion ", expliquait-il au magazine La Recherche en mars 2002. Ainsi les religions seraient comparables à une " épidémie mentale ", les idées religieuses se répandant et se fixant au gré de leur " virulence " et du contexte culturel dans lequel elles apparaissent. Le cerveau ne serait donc pas " programmé " pour croire, mais " perméable " aux idées religieuses qui, au cours de l'évolution, ont été adoptées parce qu'elles aidaient les hommes à accepter l'inacceptable et expliquer l'inexplicable.
En se prononçant ainsi sur les modalités plutôt que les finalités, le matérialisme décomplexé des neuroscientifiques et anthropologues cognitifs a au moins le mérite d'être clair. " L'expérience vécue par le méditant est réelle, conclut Etienne Koechlin, mais on ne peut objectiver que l'objectivable. Quels que soient les processus en jeu dans ce que ce méditant interprète comme une transcendance, cela ne dit rien quant à la réalité de cette transcendance. Pour autant, la connaissance du cerveau est loin d'être achevée... " Andrew Newberg reconnaît de son côté que les neurosciences ne peuvent répondre à la question " Dieu existe-t-il ? " Il pense néanmoins tenir " un solide argument en faveur de l'idée que l'existence humaine est bien plus qu'une existence purement matérielle ". J.M.
(1) TEMP : Tomographie par Emission Photonique.
(2) Traduit en français sous le titre Pourquoi Dieu ne disparaîtra pas. Quand la science explique la religion (Editions Sully, Vannes, 2003).
(3) Auteur de Et l'homme créa les dieux (Laffont, 2001)

Le " cerveau spirituel "
L'imagerie cérébrale obtenue par Andrew Newberg lors d'états de méditation et de prière intense met en évidence un état neurologique particulier qui implique plusieurs régions du cerveau. Les aires associatives pour l'orientation sont " désactivées ", or ce sont elles qui permettent de se situer dans l'espace et le temps, et de distinguer les notions de soi et non-soi. Privées d'informations sensorielles, elles aboliraient les limites du soi, alors perçu comme infini et éternel. Les aires de l'attention et du traitement des émotions, dans le cortex préfrontal, sont également mises en jeu, en relation avec le système limbique (émotionnel). Newberg ne souscrit pas à la notion de " module de Dieu ", à propos d'une zone spécifique de l'expérience spirituelle. Il fait l'hypothèse que cette expérience est " tissée intimement dans la biologie humaine " et montre qu'un " processus neurologique a évolué pour permettre à l'homme de transcender l'existence matérielle ". L'anthropologue Pascal Boyer souligne que les régions identifiées ont toutes un rôle dans le fonctionnement habituel du cerveau et propose une théorie plutôt iconoclaste des religions comprises comme " épidémies mentales ". Les idées et pratiques religieuses seraient, selon lui, apparues dans le cerveau au cours de l'évolution en tant que " sous-produits " des processus cognitifs fondamentaux : capacité à distinguer soi/non-soi, objets vivants/inanimés, à lire les intentions mentales des congénères, etc. J.M.

Le point de vue de... Jean-Michel Maldamé
Dominicain. Professeur à la faculté de Théologie de Toulouse. Membre de l'Académie Pontificale des Sciences. Auteur de Science et Foi en quête d'unité (Le Cerf, 2003).
Que pensez-vous de la notion de neurothéologie et des positions extrêmes qu'elle génère entre " preuve de l'existence de Dieu " et " expérience fabriquée par le cerveau " ?
La société nord-américaine s'est écartée de la tradition philosophique qui garde le souci d'une distinction beaucoup plus nette entre les instances de discours et d'analyse. Ainsi, quand elle parle de preuve scientifique de l'existence de Dieu, en entendant science au sens strict, elle fait un contresens. On peut entreprendre une démarche rationnelle pour démontrer l'existence de Dieu, mais elle n'est pas scientifique, elle est métaphysique. La position matérialiste, quant à elle, consiste à dire : " Puisque nous trouvons des zones du cerveau activées lors des expériences religieuses, nous devons attribuer à telle zone particulière un rôle spécifique dans lesdites expériences. " Pour elle l'objet de la méditation est donc un pur produit du système nerveux. Ces deux positions commettent la même erreur de ne pas distinguer les ordres du savoir, et elles révèlent le même aplatissement du discours. Je vois trop ce qu'il y a de court-circuit dans le terme " neurothéologie ". On peut parler en revanche d'" anthropologie théologique " et, à l'intérieur de ce cadre, les neurosciences peuvent donner des informations dont il faut tenir compte.
Le vécu du méditant ou du mystique correspondrait à une activité neurologique particulière mettant en jeu plusieurs zones du cerveau. Qu'en pensez-vous ?
Il y a une certaine unité du sujet humain. Il est donc normal que toute activité, la plus banale comme la plus élevée, implique le corps et donc le cerveau. De plus, l'activité spirituelle nécessite des conditions d'environnement, des postures et des pensées qui ont nécessairement une correspondance neurologique. On revient d'une approche qui avait tendance à compartimenter les activités du cerveau. On redécouvre, me semble-t-il, l'unité de l'être humain, dont même les besoins primaires sont profondément imprégnés de culture. On ne peut pas enfermer l'expérience spirituelle dans un réseau spécifique... Mais ces observations ne disent rien de la transcendance elle-même. On ne peut juger de la valeur de l'expérience spirituelle que dans une autre instance. Quelle est cette expérience, quel est son contenu, a-t-elle permis de faire grandir l'être humain ou de le détruire ? Pour en juger, il faut parler de relation à Dieu et elle se vérifie dans la relation à l'autre.
L'expérience religieuse est-elle un " sous-produit " de l'activité du cerveau ?
Ce terme de " sous-produit " ne relève pas d'un point de vue scientifique. Certes les fonctions vitales, celles qui permettent la survie, sont essentielles, mais à quoi sert de survivre si la vie n'a pas de sens ? La démarche spirituelle est pour cette raison très importante. On ne peut pas dire non plus que l'expérience spirituelle soit réductible au fonctionnement du cerveau. Pour prendre une comparaison, si on me coupe les cordes vocales, je ne peux pas parler, c'est donc " ce sans quoi " je ne peux parler. Mais ma parole, mon " dire " est le fruit de mon être entier. Tout est fait par le cerveau, dans le sens où il est ce sans quoi je n'ai pas d'expérience consciente, mais le cerveau n'est pas l'instance ultime qui explique ce qu'il y a derrière le mot " je ". Ceci reste indécidable d'un strict point de vue scientifique, mais décidable dans le cadre d'un engagement philosophique et spirituel. J.M.

L'esprit en Eveil
Le Dalaï-Lama dialogue avec les plus grands scientifiques depuis une bonne vingtaine d'années. Outre leur portée philosophique, ces échanges ont débouché sur une fructueuse collaboration entre méditants tibétains et spécialistes des sciences cognitives.
Einstein l'avait prédit : " S'il existe une religion qui puisse être en accord avec les impératifs de la science moderne, c'est le bouddhisme. " Mais il n'imaginait sans doute pas que cette tradition spirituelle ferait encore mieux : contribuer au progrès de la science. " Dans le domaine des sciences de la nature, les connaissances du bouddhisme sont peu de choses en regard de celles de la science moderne. En revanche, pour ce qui est de l'investigation du fonctionnement de l'esprit et des émotions, la psychologie scientifique est un petit enfant comparé au savoir accumulé par le bouddhisme depuis vingt-cinq siècles ", déclarait, avec une pointe d'humour, le Dalaï-Lama lors d'un récent échange avec des scientifiques. "
Explorer l'esprit
" Le dernier en date de ces échanges a eu lieu en septembre 2003. C'était la onzième rencontre organisée par le Mind and Life Institute (voir encadré). Pour la première fois, ces trois journées de discussion étaient ouvertes au public. Enorme succès : le grand auditorium du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston n'a pu accueillir tous les candidats intéressés mais, sur les mille places disponibles, huit cents étaient occupées par des scientifiques dont quelques-uns des meilleurs spécialistes américains des sciences cognitives. Thème général : " Explorer l'esprit. "
Au menu, trois sujets d'exploration : " Attention ; émotions ; et imagerie mentale. " Le but des organisateurs était de mieux faire connaître les connaissances théoriques et pratiques du bouddhisme dans le domaine de la maîtrise et de la gestion de l'activité mentale en s'appuyant sur les résultats très significatifs obtenus dans plusieurs laboratoires de recherche.
" En Occident, on réduit souvent la méditation à un exercice de relaxation qui fait momentanément du bien. C'est bon pour gérer le stress. Mais le mot bouddhiste pour désigner la méditation se traduit littéralement par l'expression " se familiariser ", souligne Matthieu Ricard, interprète français du Dalaï-Lama et très impliqué dans ces programmes de recherche. Il s'agit, en fait, de se familiariser avec une nouvelle façon d'être. C'est un véritable entraînement de l'esprit pour le transformer à long terme afin de devenir un meilleur être humain. " Et là, surprise. Ce que beaucoup prenaient pour une croyance se révèle être une réalité objective. Comme plusieurs expériences l'ont montré, " ça marche " non pas simplement parce qu'on y croit, mais essentiellement quand on s'est entraîné longtemps, un peu comme un sportif de haut niveau. Grâce aux instruments sophistiqués dont disposent aujourd'hui les chercheurs pour explorer le fonctionnement du cerveau, il est en effet possible de visualiser ces changements dans la géographie cérébrale des méditants et d'en mesurer les conséquences sur leurs capacités mentales.
Le cortex préfrontal gauche
Les recherches effectuées avec des méditants confirmés par Richard Davidson (université du Wisconsin à Madison) et Paul Ekman (université de Californie à San Francisco) ont ainsi montré leur étonnante capacité à engendrer, et à répéter fidèlement, des états de conscience très précis. Obtenus par différents types de méditation traditionnelle, comme la concentration de l'esprit sur un point - une tache sur un mur -, sur la visualisation d'images intérieures ou sur l'état de compassion - le sentiment de bienveillance à l'égard des êtres vivants -, ils se traduisent par une activité plus marquée du cortex préfrontal gauche, connu pour être la zone cérébrale la plus impliquée dans les émotions positives. Mais, à la différence du commun des mortels, son activité est nettement plus importante chez les méditants confirmés comme c'est le cas, par exemple, de la zone cérébrale contrôlant les mouvements de la main chez un violoniste. D'une manière générale, tous les tests effectués ont montré la capacité, très supérieure à la moyenne, des méditants confirmés à réguler leur activité mentale (1).
" La rencontre de Boston a marqué un tournant, affirme Matthieu Ricard. Stephen Kosslyn, détenteur de la chaire de psychologie à l'université de Harvard, y a commencé son exposé par une "déclaration d'humilité" devant la masse des connaissances et des données que possèdent les contemplatifs dans ce domaine. Désormais, déclarait-il, ils ne peuvent plus être considérés comme des cobayes, mais comme des collaborateurs à part entière de la recherche, car l'exploration du phénomène de la conscience ne peut se passer de sujets pouvant à la fois engendrer des états cognitifs bien identifiés et les décrire très précisément. Par ailleurs, alors qu'est proche la publication du résultat de ces travaux dans les meilleures revues scientifiques, d'autres programmes de recherche ont été lancés. Alan Walace, de l'Institut pour l'étude de la conscience de l'université Davies (Californie) prépare ainsi une étude longitudinale qui va permettre de suivre l'évolution de quarante sujets durant une retraite intensive de neuf mois. "
L'aventure continue. La prochaine rencontre portera sur la " plasticité cérébrale ", la capacité qu'a notre cerveau de se remodeler tout au long de la vie. Mais, au fond, que cherche le Dalaï-Lama dans cette collaboration de la science bouddhiste de l'esprit avec la science moderne ? " Son objectif n'est pas de démontrer que les moines tibétains sont les champions olympiques du cerveau, assure en riant Matthieu Ricard. Dans ce domaine, le savoir bouddhiste vient des techniques qu'il a développées pour apprendre à engendrer des émotions constructrices afin de dépasser les émotions destructrices cause de souffrance, comme l'agressivité, l'arrogance et la jalousie. Pour les bouddhistes, cet entraînement de l'esprit permet de développer le meilleur des qualités humaines. C'est pourquoi le Dalaï-Lama considère cette collaboration comme une contribution utile à la société. " S.L.
(1) On trouvera une présentation de ces premiers résultats dans le livre de Daniel Goleman, Surmonter les émotions destructrices (Laffont, 2003). Matthieu Ricard en livre un bon résumé dans Plaidoyer pour le bonheur (Nil éditions, 2003).